États-Unis : Les mesures anti-migrants risquent de déclencher une flambée des prix de l’alimentaire

États-Unis : Les mesures anti-migrants risquent de déclencher une flambée des prix de l’alimentaire

Il s’agit d’une mise en garde inattendue, et à contre-courant du reste de l’administration Trump. “L’arrêt quasi-complet de l’afflux d’étrangers en situation irrégulière”, combiné au “manque de main-d’œuvre légale”, menace “la stabilité de la production domestique et des prix de nourriture pour les consommateurs américains”, alerte le département du Travail des États-Unis, dans un document publié en octobre sur le site du registre fédéral.

Les expulsions de migrants illégaux risquent en effet de mettre en crise le monde agricole, alors que d’après les chiffres du département de l’Agriculture repris par le Washington Post (WaPo), environ un tiers des travailleurs agricoles du pays entre 2020 et 2022 étaient nés aux États-Unis, tandis que plus de 40 % étaient des migrants sans papiers.

Mesures insuffisantes

Si les données accessibles au grand public montrent une baisse du nombre de migrants traversant la frontière entre les États-Unis et le Mexique, ainsi qu’une explosion du nombre d’incarcérations effectuées par le Service de l’immigration et des douanes des États-Unis (ICE), les chiffres réels concernant les expulsions sont rarement diffusés par l’administration américaine. Il est en conséquence difficile d’estimer combien de travailleurs agricoles en situation irrégulière ont déjà été expulsés.

En tout, 150 000 personnes auraient été expulsées par l’ICE depuis janvier selon le Washington Post (WaPo), ce chiffre ne prenant pas en compte les départs volontaires de migrants ou les arrestations et expulsions à la frontière, utilisés par l’administration Trump pour gonfler ses chiffres.

Les mesures anti-migrants déjà mises en place sont dans tous les cas à même de frapper durement le secteur agricole, souligne le document du département du Travail. Ce dernier porte sur la question de nouvelles règles mises en place en octobre, baissant de facto les salaires des migrants saisonniers bénéficiant du visa pour travailleurs agricoles H-2A, qui étaient près de 400 000 en 2024 ; il force également ces derniers à prendre en charge leur logement, habituellement payé par leur employeur.

Autant de mesures destinées à atténuer l’impact des mesures anti-migratoires sur le secteur agricole, sans succès cependant selon le département du Travail : “si le département n’agit pas immédiatement pour fournir une source de main-d’œuvre stable et légale, cette menace va croître” en raison du renforcement des mesures anti-immigration, continue le document.

Un déficit que les citoyens américains ne combleront pas

Cette analyse est en contradiction avec les plans de la secrétaire à l’Agriculture Brooke Rollins, qui affirmait en juillet au cours d’une conférence de presse qu’il était possible, pour remplacer les migrants, d’utiliser une “main-d’œuvre 100 % américaine” : “avec 34 millions d’adultes valides bénéficiant de Medicaid [programme public d’assurance maladie pour les personnes à faible revenu], nous devrions en être capables relativement rapidement”.

Selon le quotidien espagnol As, ces chiffres sont trompeurs, deux tiers des 29,2 (et non pas 34) millions d’adultes américains bénéficiant du programme travaillant déjà à temps plein ou partiel et n’étant donc pas mobilisables ; et ce, sans évoquer les difficultés politiques et éthiques liées à l’utilisation de ces citoyens pour des travaux manuels agricoles.

Cette solution est dans tous les cas jugée irréaliste par le département du Travail, qui “conclut que des travailleurs américains qualifiés et éligibles ne se rendront pas disponibles en nombre suffisant, même aux niveaux de salaire actuels, pour combler le déficit substantiel de main-d’œuvre dans le secteur agricole”.

Le secteur agricole souffre déjà sous l’effet d’autres politiques américaines, comme l’imposition de droits de douane à la Chine, qui a riposté en boycottant les achats de soja, privant de revenus de nombreux agriculteurs soutenant traditionnellement le président des États-Unis.

Si Donald Trump a promis une aide financière à ces derniers, le locataire de la Maison Blanche court le risque de s’aliéner une partie de ses électeurs, à un an des élections de mi-mandat, durant lesquelles le Parti Démocrate tentera de reprendre la main sur une partie des institutions américaines verrouillées par les républicains depuis novembre 2024.

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