D’ici 75 ans, les côtes mauriciennes telles que nous les connaissons aujourd’hui pourraient être complètement redessinées. Face aux impacts du changement climatique combiné à celui des activités humaines, notre littoral subit en effet une transformation lente et certaine qui amène à redéfinir ses usages. Pour répondre à ce problème à la fois écologique, social et économique, le ministère de l’Environnement, de la Gestion des Déchets Solides et du Changement Climatique, l’Agence française de développement (AFD) et l’Union européenne (UE), en partenariat avec Business Mauritius et la société civile, ont réuni divers acteurs clés lors de deux conférences capitales sur la gestion des risques côtiers.
Ces deux journées étaient articulées autour de trois objectifs principaux. Tout d’abord, il s’agissait d’établir un constat sur la vulnérabilité des côtes mauriciennes face aux risques d’érosion et de submersion. Celui-ci était basé sur une étude récente effectuée par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM).
Le second objectif consistait à définir une ambition partagée et renforcer le dialogue multi-acteurs à l’échelle nationale, pour une coopération renforcée entre les parties prenantes. Enfin, les différents acteurs présents devaient identifier des axes de travail collaboratifs et des pistes d’actions afin d’établir à terme une stratégie nationale de gestion du littoral, ainsi qu’une feuille de route opérationnelle d’ici 5 ans.
La deuxième conférence, intitulée « Enjeux et pistes d’actions partagées », qui s’est déroulée le jeudi 3 juillet au Caudan Arts Centre, à Port-Louis, a réuni 130 participants issus des ministères concernés, du secteur public (en particulier les secteurs hôtelier et bancaire), de la communauté scientifique, des ONG et des bailleurs. Les réflexions y ont été approfondies autour de 5 enjeux clés.
Cinq ateliers multi-acteurs ont ainsi été organisés autour de ces enjeux, dans le but d’identifier des freins et leviers et de favoriser le passage à l’action. En ont découlé des discussions enrichissantes autour de pistes et solutions pour une meilleure planification et gestion des risques côtiers, notamment autour de modèles de partage de la connaissance, de gouvernance inclusive, de modalités techniques de gestion et de la mise en place d’un système de financement collaboratif public-privé.
Une nouvelle dynamique collective
Plusieurs experts nationaux et internationaux ont été mobilisés sur cette conférence pour apporter leurs connaissances et partager leurs expériences sur le sujet. L’érosion littorale constitue en effet une problématique commune aux petits États insulaires de l’océan Indien. Les acteurs locaux de la Réunion ont déjà engagé des actions concrètes et des politiques publiques dédiées pour y répondre, ce dont Maurice pourrait s’inspirer.
Parmi les intervenants, Valérie Mouchard, Responsable Aménagement Paysager et Suivi Environnemental à Saint-Paul (La Réunion), est intervenue lors de l’atelier « Modalités de gestion ». Elle y a présenté 15 ans d’actions menées sur la plage de l’Hermitage, fondées sur la nature et impliquant étroitement les habitants.
La Pr Gwenaëlle Pennober, de l’Université de La Réunion, a souligné l’importance d’un partage de données efficace et d’une approche collaborative fondée sur la science citoyenne. Elle a insisté sur la nécessité de renforcer les partenariats entre les universités des deux îles soeurs. L’objectif : former des ingénieurs mauriciens et développer l’expertise nationale de Maurice en gestion du trait de côte.
Enfin, Simon Vidal, du ministère français de la Transition Écologique, a participé aux côtés d’Elizabeth Dorilas, de CIVIS La Réunion, à l’atelier sur la planification stratégique. Cette dernière a témoigné de l’initiative de la France, qui sortira très prochainement sa nouvelle stratégie d’adaptation des littoraux au changement climatique. Simon Vidal a également contribué aux côtés de Vérane Vidoni de la DEAL Réunion à l’atelier Gouvernance.
Cette deuxième journée d’échanges fait suite à une première conférence, intitulée « État des lieux et perspectives » qui a eu lieu le 7 mai dernier à l’Hôtel Voilà, à Bagatelle Mall. Lors de cet événement, l’étude de BRGM avait été présentée au parterre d’invités. Les échanges de ce premier exercice ont mis en évidence un ensemble de phénomènes qui menacent le fragile équilibre de notre littoral.
Ces menaces proviennent principalement des effets accélérés du changement climatique et de la pression croissante des activités humaines. Avec une montée du niveau de la mer de 5,6 millimètres par an à l’horizon 2100, le rapport du BRGM projette un recul pouvant atteindre 100 mètres d’ici 75 ans dans certains secteurs en l’absence d’intervention.
Changements législatifs
Outre les experts, les acteurs présents lors de ce second événement comprenaient entre autres Joanna Bérenger, ministre déléguée de l’Environnement, de la Gestion des Déchets Solides et du Changement Climatique, Fabrice David, ministre délégué de l’Agro-industrie, de la Sécurité Alimentaire, de l’Économie bleue et des Pêches, Oskar Benedikt, ambassadeur de l’Union européenne à Maurice, Frédéric Bontems, ambassadeur de France à Maurice, Kevin Ramkaloan, CEO de Business Mauritius, ainsi que des représentants des différents ministères concernés, des Universités, de l’AFD, de l’UE, du British Council, de Business Mauritius et de la société civile.
Durant son temps de parole, Joanna Bérenger a annoncé une révision prochaine de l’Environment Act 2024 afin, entre autres, de « prendre en considération les résultats de l’étude menée par BRGM. Je remercie d’ailleurs l’AFD pour son soutien sur cette étude. Nous allons aussi nous pencher sur la question du développement de notre littoral ». La ministre déléguée a également annoncé l’élaboration prochaine d’une nouvelle loi, l’Environmentally Sensitive Areas (ESA) Bill, qui aura pour but de « protéger les zones écologiquement sensibles ». Une première ébauche devrait être finalisée en septembre prochain.
Fabrice David a insisté de son côté sur la mise en place d’une coopération globale pour la sauvegarde du littoral et de l’espace marin mauriciens. « Nous ne pouvons pas développer une économie de l’océan sans un partenariat public-privé responsable qui préserve les fonctionnalités de nos écosystèmes littoraux. Il s’agit donc de trouver de bons mécanismes pour que tout le monde en sorte gagnant. Nous avons grand besoin des entrepreneurs, des start-ups, du secteur privé, qui a d’ailleurs un rôle fondamental à jouer dans le développement de différentes économies, qu’elles soient vertes ou bleues », a-t-il souligné, tout en remerciant les ONG et la société civile pour leurs efforts variés.
Une dynamique collective Prenant la parole à son tour, Oskar Benedikt a mis l’accent sur l’importance de la dynamique collective qui s’est consolidée au fil des deux conférences. Il a rappelé que la transition vers une gestion durable et résiliente du littoral mauricien repose sur l’importance d’une approche scientifique, du dialogue et de partenariats solides. « L’Union européenne demeure un partenaire engagé de l’île Maurice dans sa lutte contre l’érosion du littoral, dans le cadre d’une action climatique intégrée », a-t-il insisté.
Selon Frédéric Bontems, « il est primordial de partager l’information et d’être transparents sur de tels sujets, afin que personne ne puisse un jour venir dire aux décideurs ‘vous saviez, mais personne ne nous a prévenu’ ». Il a également insisté sur l’importance d’une gouvernance multi-acteurs, d’une volonté politique claire et d’un financement dédié pour faire face à ces défis. « L’Union européenne, l’AFD et la France interviennent avec des financements conjoints, que nous mobilisons de manière complémentaire. Nous serons disponibles le jour venu pour mobiliser nos dispositifs et accompagner l’île Maurice dans la définition et la mise en oeuvre d’une politique ambitieuse d’adaptation de son littoral au changement climatique », a-t-il ajouté.
Pour Kevin Ramkaloan, CEO de Business Mauritius, la participation de la communauté des affaires à ces discussions nationales démontre son engagement à préserver et restaurer le littoral de l’île. « En tant que Mauriciens, nous sommes tous concernés par ces risques. Nos plages font partie de notre identité nationale, et il est essentiel que nous nous basions sur une approche scientifique, appuyée par des données concrètes, afin de nous préparer pour l’avenir. La communauté des affaires reste engagée à poursuivre sa collaboration avec les autorités, la communauté scientifique, et la société civile et sur ce sujet important », a-t-il déclaré.
Carina Gounden, porte-parole de l’ONG MRU2025, a appelé à une « planification du recul stratégique » et à « l’intégration réelle de la nature dans l’aménagement du territoire ». Selon elle, « nous ne pourrons pas arrêter la mer. Plutôt que de résister coûte que coûte, nous devons accompagner ces changements, repenser l’espace, et avoir le courage de remettre en question certains modèles économiques, comme celui des hôtels de plage construits bien trop près de l’eau. L’adaptation ne peut plus attendre ».
Au terme de ces deux journées de conférence, les différentes parties prenantes semblaient s’accorder sur la nécessaire définition d’une stratégie nationale de gestion du littoral et une feuille de route opérationnelle d’ici 2030. Se disant prêts à mutualiser leurs efforts, tous ont appelé de leurs voeux la diffusion et le partage des dernières connaissances scientifiques sur le sujet, remises tout récemment au ministère de l’Environnement.









