Aux premières lueurs du jour, les ruelles de la médina de Taroudant s’animent. Dans cette ville du sud-ouest marocain, située à 90 minutes d’Agadir, des enfants pressés filent vers l’école, des marchands installent leurs étals de fruits gorgés de soleil et exposent épices flamboyantes et tapis tissés main. Ici, point de touristes en masse ni de files interminables devant les monuments : Taroudant vit à son rythme, fidèle à ses traditions, en retrait des circuits balisés. Une situation rare qui, rappelle cette semaine CNN Travel, vaut à la cité d’être régulièrement considérée comme la “Petite Marrakech”.
Mais cette appellation flatteuse, souligne le média américain, est réductrice. Car là où sa grande sœur croule sous le poids du tourisme de masse — au point d’être classée parmi les villes les plus surpeuplées au monde selon une récente étude de McKinsey & Company — Taroudant offre une expérience plus authentique. Son atmosphère y est plus paisible, ses habitants plus disponibles, et la culture berbère y rayonne sans filtre.
Nichée entre les contreforts de l’Anti-Atlas et les plaines fertiles du Souss, Taroudant a été fondée au XIᵉ siècle et a joué un rôle commercial et politique majeur sous les Saadiens au XVIᵉ siècle. Ses remparts de 7,5 kilomètres, en pisé doré, sont classés au patrimoine national marocain. Ils enveloppent une médina restée vivante, animée par deux souks quotidiens : le souk berbère, pour les denrées et la vie courante, et le souk arabe, haut lieu de l’artisanat local. C’est dans cet entrelacs de ruelles que s’épanouit la vie quotidienne : hammams traditionnels, échoppes familiales servant du thé à la menthe ou encore riads discrets aux patios fleuris.
À quelques kilomètres de là, le Palais Musée Claudio Bravo, demeure de l’artiste-peintre hyperréaliste chilien, surprend par son éclectisme. Entre influences andalouses et néoclassiques, cette bâtisse de 75 hectares recèle de fossiles, d’antiquités africaines et d’œuvres d’art.
Plus loin encore, l’oasis de Tioute révèle les vestiges d’une kasbah séculaire, surplombant une palmeraie irriguée par un ingénieux réseau de khettaras — des galeries souterraines qui, depuis des siècles, amènent l’eau à la surface sans pompe.
Taroudant est aussi la porte d’entrée vers l’Anti-Atlas, une chaîne montagneuse souvent ignorée des guides de voyage. Près de Tafraoute, les reliefs granitiques prennent des formes étonnantes, comme celle du “Chapeau de Napoléon”, dominant des villages de pisé rose où les traditions berbères demeurent vivaces. Le site constitue une destination idéale pour les randonneurs et grimpeurs.
De quoi attirer de nombreux curieux en quête d’authenticité, à l’heure où le tourisme au Maroc connaît un âge d’or : avec 17,4 millions de visiteurs en 2024, le pays a détrôné l’Égypte en tête des destinations africaines, affirme un rapport du ministère du tourisme marocain relayé par Africanews.
Les prévisions annoncent encore une forte progression en 2025, dopée par de nouveaux vols directs, l’ouverture d’hôtels de luxe et l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations.
Mais ce boom n’est pas sans conséquences : Marrakech concentre une part écrasante de ces flux touristiques, ce qui met en péril son équilibre socioculturel. Face à cela, Taroudant semble proposer une autre voie — celle d’un tourisme plus lent et respectueux.
À l’image de Taroudant, le Maroc regorge de trésors loin des sentiers battus. À Sidi Ifni, ancienne enclave espagnole en surplomb de l’Atlantique, l’architecture Art déco côtoie les falaises battues par les vagues. Dans le Rif, Chefchaouen attire pour ses murs bleus, mais ses montagnes environnantes, parcourues de sentiers escarpés, demeurent presque désertes. À l’est, la vallée de l’Ounila serpente entre kasbahs oubliées et villages de terre, jusqu’à la spectaculaire citadelle d’Aït Ben Haddou, moins fréquentée hors saison. Plus au sud enfin, Guelmim, surnommée “la porte du désert”, dévoile chaque semaine l’un des plus vieux marchés de chameaux du pays.





