Sur l’île de Siargao, joyau des Philippines réputé pour ses vagues et ses paysages de carte postale, une transformation silencieuse est en cours. Là où les mangroves étaient autrefois coupées puis vendues illégalement pour servir de combustible, elles sont aujourd’hui replantées avec soin et protégées, détaille le South China Morning Post. À l’origine de cette renaissance : d’anciens pêcheurs illégaux reconvertis en protecteurs de l’environnement et ambassadeurs d’un tourisme durable.
Parmi eux, Junrey Longos, 44 ans, originaire de Del Carmen, raconte avec fierté avoir cessé ses activités illégales en 2011. “La vie était difficile. On coupait les mangroves pour survivre, faute d’autres emplois”, confie-t-il. Désormais membre d’une patrouille civile de surveillance des pêches, il protège ces forêts marines qu’il contribuait autrefois à détruire et propose des excursions en bateau dans la réserve.
Un engagement communautaire pour préserver un écosystème vital
Cette métamorphose locale est le fruit d’un long travail initié par la municipalité de Del Carmen. Grâce à des formations et au développement d’un écotourisme solidaire, des centaines d’habitants ont troqué leurs filets illégaux contre des rames de guide touristique. Depuis 2014, près de 100 excursions écotouristiques sont ainsi organisés chaque jour, impliquant pilotes, assistants et guides formés à la science des mangroves.
Grâce à ces efforts, la réserve de mangroves de Del Carmen est passée de 4 200 hectares en 2012 à plus de 4 800 hectares aujourd’hui. En août 2024, elle a été officiellement reconnue comme zone humide d’importance internationale par la Convention de Ramsar.
“Pendant des années, on nous disait qu’il serait impossible de convaincre les pêcheurs d’arrêter la coupe illégale”, se souvient le maire Alfredo Coro. Il aura fallu près de dix ans de travail de terrain, de campagnes de sensibilisation, et de visites à domicile pour inverser la tendance.
Un impact écologique… et économique
Ce retour à la nature s’accompagne d’un changement économique radical. Les revenus familiaux sont passés de 2 000 pesos par mois en 2010 à 17 000 pesos en 2024, tandis que le taux de pauvreté a chuté de 69 % à 21 %. Les recettes générées par les visites éco-touristiques sont passées de 1,2 million à 9,2 millions de pesos entre 2020 et 2024. Aujourd’hui, Junrey Longos n’est plus un pêcheur en marge. Il est père de quatre enfants, tous scolarisés grâce aux revenus qu’il tire de son engagement dans l’écotourisme.
“La reconnaissance Ramsar va sûrement attirer encore plus de touristes”, promet le maire Coro. En 2023, plus d’un demi-million de visiteurs ont en effet foulé le sol de Siargao, un record. Une aubaine, mais aussi un défi pour les écosystèmes insulaires. Une étude de la Banque asiatique de développement alerte d’ailleurs sur les risques liés à la gestion des déchets, directement liés à l’essor du tourisme.
Les mangroves, boucliers naturels contre les tempêtes
Les mangroves de Siargao ne constituent pas uniquement un attrait touristique : elles ont également démontré leur rôle vital lors du typhon de 2021, atténuant la violence des vagues et protégeant les villages côtiers. “C’est grâce à elles que les dégâts ont été limités”, s’enthousiasme Gina Barquilla, responsable des questions environnementales de Del Carmen. Elle-même s’est rendue des centaines de fois auprès des pêcheurs pour les sensibiliser à la protection des mangroves, souvent au péril de sa sécurité.
Malgré cette prise de conscience, les écosystèmes de mangrove sont aujourd’hui directement menacés par le changement climatique et la déforestation. La moitié des mangroves mondiales risque même de s’effondrer, un phénomène qui mettrait en péril des millions de personnes dépendantes de ces habitats essentiels.





